l'ombre / Victor Hugo

l'ombre / Victor Hugo
Il lui disait : - Vos chants sont tristes. Qu'avez-vous ?
Ange
inquiet, quels pleurs mouillent vos yeux si doux ?
Pour
quoi, pauvre âme tendre, inclinée et fidèle,
Comme
un jonc que le vent a ployé d'un coup d'aile,
Pe
ncher votre beau front assombri par instants ?
Il
faut vous réjouir, car voici le printemps,
Avril,
saison dorée, où, parmi les zéphires,
Les
parfums, les chansons, les baisers, les sourires,
Et les charmants propos qu'on dit à demi-voix,
L'
amour revient aux coeurs comme la feuille aux bois ! -

E
lle lui répondit de sa voix grave et douce :
-
Ami, vous êtes fort. Sûr du Dieu qui vous pousse,
L'oeil fisur un but, vous marchez droit et fier,
Sans la peur de demain, sans le souci d'hier,
Et rien ne peut troubler, pour votre âme ravie,
La
belle vision qui vous cache la vie.
M
ais moi je pleure ! - Morne, attachée à vos pas,
A
tteinte à tous ces coups que vous ne sentez pas,
Coeur fait, moins l'espérance, à l'image du vôtre,
Je
souffre dans ce monde et vous chantez dans l'autre.
Tou
t m'attriste, avenir que je vois à faux jour,
Aigreur de la raison qui querelle l'amour,
Et l'âcre jalousie alors qu'une autre femme
Ve
ut tirer de vos yeux un regard de votre âme,
E
t le sort qui nous frappe et qui n'est jamais las.
Plus le soleil reluit, plus je suis sombre, hélas !
Vous allez, moi je suis, vous marchez, moi je tremble,
E
t tandis que, formant mille projets ensemble,
Vous semblez ignorer, passant robuste et doux,
To
us les angles que fait le monde autour de nous,
J
e me traîne après vous, pauvre femme blessée.
D'un corps resté debout l'ombre est parfois brisée.
# Posté le mercredi 07 juin 2006 13:20

Je respire où tu palpites..../ Victor Hugo

Je respire où tu palpites..../ Victor Hugo
Je respire où tu palpites,
Tu
sais; à quoi bon hélas !
Res
ter là si tu me quittes,
Et
vivre si tu t'en vas ?

A
quoi bon vivre, étant l'ombre
D
e cet ange qui s'enfuit ?
A q
uoi bon, sous le ciel sombre,
N'
être plus que de la nuit ?

J
e suis la fleur des murailles
Don
t avril est le seul bien.
Il
suffit que tu t'en ailles
Po
ur qu'il ne reste plus rien

Tu
m'entoures d'auréoles;
Te
voir est mon seul souci.
Il
suffit que tu t'envoles
Pour que je m'envole aussi.

Si
tu pars, mon front se penche;
Mon
âme au ciel, son berceau,
Fui
ra, car dans ta main blanche
Tu
tiens ce sauvage oiseau.

Qu
e veux-tu que je devienne
Si
je n'entends plus ton pas ?
Est-ce ta vie ou la mienne
Q
ui s'en va ? Je ne sais pas.

Qua
nd mon courage succombe,
J'e
n reprends dans ton coeur pur;
J
e suis comme la colombe
Q
ui vient boire au lac d'azur

L'
amour fait comprendre à l'âme
L'
univers, sombre et béni;
Et cette petite flamme
S
eule éclaire l'infini.

Sans toi, toute la nature
N'e
st plus qu'un cachot fermé,
Où je vais à l'aventure
Pâle et n'étant plus aimé.

Sa
ns toi, tout s'effeuille et tombe;
L
'ombre emplit mon noir sourcil;
Une fête est une tombe,
L
a patrie est un exil.

J
e t'implore et te clame;
N
e fuis pas loin de mes maux,
O fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux!

De quoi puis-je avoir envie,
D
e quoi puis-je avoir effroi,
Q
ue ferais-je de la vie
Si tu n'es plus près de moi ?

T
u portes dans la lumre,
Tu portes dans les buissons,
Sur une aile ma prre,
Et sur l'autre mes chansons.

Q
ue dirais-je aux champs que voile
L'inconsolable douleur ?
Q
ue ferais-je de l'étoile ?
Q
ue ferais-je de la fleur ?

Que dirais-je au bois morose
Qu'illuminait ta douceur ?
Q
ue répondrai-je à la rose
Disant : " donc est ma soeur ?"

J'en mourrai; fuis, si tu l'oses.
A quoi bon, jours révolus !
R
egarder toutes ces choses
Qu'elle ne regarde plus ?

Q
ue ferais-je de la lyre,
De la vertu, du destin ?
H
élas ! et, sans ton sourire,
Q
ue ferais-je du matin ?

Que ferais-je, seul, farouche,
S
ans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers sans ta bouche,
E
t de mes pleurs sans tes yeux !
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# Posté le mercredi 07 juin 2006 13:10

Adam / Léon-Pamphile Le May

Adam / Léon-Pamphile Le May
- Et le mal nous a pris, séduisant, enjôleur,
Comme un filet de soie en ses brillantes mailles.
Eve a senti l'amour embraser ses entrailles ;
E
lle a, bénissant Dieu, fait l'homme de douleur.

D
ieu m'a dit, irrité : « Tu scelles ton malheur.
I
l faut que chaque jour tu souffres et travailles.
Mon ciel vous est fer comme par des murailles,
Jusqu'au jour où viendra le divin Rédempteur. »

J'ai répondu, courbé sous l'amère sentence
- Nous avons fait le mal, nous ferons pénitence,
Mais laissez à nos fronts leur céleste fierté.

Puis j'ai dit, suppliant : - Lève cet anathème,
Et vois ce que je fais de notre liberté...
Je pourrais te haïr, ô mon Maître ! et je t'aime.
# Posté le jeudi 18 mai 2006 15:31

Laisse moi ! / Gérard de Nerval

Laisse moi ! / Gérard de Nerval
Non, laisse-moi, je t'en supplie ;
En
vain, si jeune et si jolie,
Tu voudrais ranimer mon coeur :
Ne
vois-tu pas, à ma tristesse,
Qu
e mon front pâle et sans jeunesse
Ne
doit plus sourire au bonheur ?

Qua
nd l'hiver aux froides haleines
Des
fleurs qui brillent dans nos plaines
G
lace le sein épanoui,
Qui peut rendre à la feuille morte
Ses
parfums que la brise emporte
E
t son éclat évanoui !

O
h ! si je t'avais rencontrée
A
lors que mon âme enivrée
P
alpitait de vie et d'amours,
A
vec quel transport, quel délire
J'aurais accueilli ton sourire
Don
t le charme eût nourri mes jours.

Mais à présent, Ô jeune fille !
Ton
regard, c'est l'astre qui brille
Aux
yeux troublés des matelots,
D
ont la barque en proie au naufrage,
A
l'instant où cesse l'orage
Se
brise et s'enfuit sous les flots.

Non, laisse-moi, je t'en supplie ;
En
vain, si jeune et si jolie,
Tu
voudrais ranimer mon coeur :
S
ur ce front pâle et sans jeunesse
Ne vois-tu pas que la tristesse
A
banni l'espoir du bonheur ?
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# Posté le mercredi 26 avril 2006 14:53

Je meurs ,et les soucies.... / Jean de Sponde

Je meurs ,et les soucies.... / Jean de Sponde
Je meurs, et les soucis qui sortent du martyre
Que me donne l'absence, et les jours, et les nuits
Font tant qu'à tous moments je ne sais que je suis,
Si j'empire du tout ou bien si je respire ;

Un chagrin survenant mille chagrins m'attire
E
t me croyant aider moi-même je me nuis,
L'infini mouvement de mes roulants ennuis
M
'emporte, et je le sens, mais je ne le puis dire.

Je suis cet Actéon de ces chiens déchiré !
Et l'éclat de mon âme est si bien alré
Q
u'elle qui me devrait faire vivre me tue :

D
eux Déesses nous ont tramé tout notre sort,
Mais pour divers sujets nous trouvons me mort,
M
oi de ne la voir point, et lui de l'avoir vue.
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# Posté le mercredi 26 avril 2006 14:31